Le Nutri-Score compare des produits entre eux, jamais des repas ni des habitudes alimentaires entières. Cette limite, souvent oubliée, explique pourquoi une pizza notée B peut coexister avec des habitudes très différentes selon ce qui l’accompagne dans l’assiette.
Un calcul par portion de 100 grammes
Le score se fonde sur un algorithme qui prend en compte, pour cent grammes ou cent millilitres, les nutriments à favoriser — fibres, protéines, fruits et légumes — et ceux à limiter — sucres, sel, acides gras saturés, densité calorique. Le résultat se traduit en une lettre de A à E, associée à un dégradé de couleurs allant du vert au rouge foncé, affichée sur la face avant de l’emballage.
Ce calcul compare des produits appartenant à une même famille : un yaourt nature avec un autre yaourt, une pizza avec une autre pizza, jamais un yaourt avec une pizza. C’est là son usage prévu, et c’est aussi sa principale limite quand on l’interprète hors de ce cadre de comparaison.
Un dispositif volontaire, pas obligatoire
En France, l’affichage du Nutri-Score reste une démarche volontaire des industriels et des distributeurs, portée par Santé publique France sur santepubliquefrance.fr. Une marque peut choisir de ne pas l’afficher, ce qui explique son absence sur certains rayons alors que le score existe pourtant, calculable à partir des informations nutritionnelles obligatoires figurant au dos de l’emballage.
Cette liberté a nourri des critiques documentées : certains produits ultra-transformés obtiennent une note honorable grâce à un ajout de fibres ou une réduction de sel, sans que leur degré de transformation soit pris en compte par l’algorithme, qui ne mesure que la composition nutritionnelle, pas le procédé de fabrication du produit.
Une note qui peut changer si la recette évolue
Le Nutri-Score n’est pas figé pour un produit donné : il se recalcule chaque fois que la recette change de manière significative, par exemple lorsqu’un industriel réduit sa teneur en sel ou en sucre ajouté, ou modifie la nature des matières grasses utilisées. Un même produit peut ainsi afficher une lettre différente d’une année sur l’autre, sans que son emballage ou son nom n’aient changé pour autant aux yeux du consommateur.
Cette mécanique a encouragé certains fabricants à reformuler leurs produits pour améliorer leur note, un effet secondaire souvent présenté comme l’un des bénéfices indirects du dispositif : au-delà de l’information donnée en rayon, la seule existence d’un logo visible et daté a poussé une partie de l’industrie agroalimentaire à revoir certaines recettes existantes.
Ce que le logo ne dit pas
Le Nutri-Score ignore la taille de la portion réellement consommée, les additifs, l’origine des ingrédients et le degré de transformation. Un produit noté A n’est pas pour autant un aliment brut : de l’eau en bouteille aromatisée peut obtenir cette lettre sans se rapprocher d’un fruit frais en apport nutritionnel réel.
Utilisé pour ce qu’il est — un outil de comparaison entre produits similaires, au moment du choix en rayon — le Nutri-Score reste utile. Utilisé comme un jugement global sur la qualité d’une alimentation, il perd sa pertinence, faute d’avoir été conçu pour ce rôle plus large.
Un produit brut comme un fruit frais, une poignée de noix ou un filet de poisson nature ne porte généralement aucun logo, tout simplement parce que le dispositif s’adresse aux produits transformés et emballés, pas aux rayons de produits bruts où l’étiquetage nutritionnel obligatoire ne s’applique pas de la même façon. Cette absence de note ne signifie donc pas une moins bonne qualité, bien au contraire : elle reflète seulement le périmètre volontairement restreint du dispositif.
Le geste de lire une étiquette ne s’arrête pas au rayon alimentaire : nous appliquons la même vigilance aux étiquettes des produits cosmétiques dans notre rubrique Soin & Cosmétique.




