Mode de Vie

Ce qui se répète compte plus que ce qui s'annonce

Cligner moins des yeux : l’effet mécanique de l’écran

Avatar de Édouard Mallinjoud-Renard

·

4 min de lecture

Face à un écran, le clignement des yeux ralentit presque de moitié par rapport à une lecture sur papier, ce qui suffit à expliquer une bonne part de la sécheresse oculaire ressentie en fin de journée de bureau.

Un réflexe qui s’efface devant l’attention visuelle

Le clignement des yeux répartit le film lacrymal sur la cornée et limite son évaporation. Devant un écran, l’attention soutenue portée à la lecture ou au défilement réduit ce réflexe de manière involontaire, un phénomène documenté par l’INRS dans ses travaux sur le travail sur écran. Moins de clignements signifie une surface oculaire moins souvent renouvelée en larmes, donc plus exposée à la sécheresse en fin de journée.

Ce mécanisme est purement mécanique : il ne dépend pas de la qualité de l’écran ni de sa définition, mais du comportement visuel qu’impose une lecture prolongée et concentrée sur un support lumineux.

Distance, hauteur et reflets : trois réglages qui comptent

L’écran doit être positionné à une distance de bras tendu, avec le haut de l’écran à hauteur des yeux ou légèrement en dessous, pour éviter une ouverture excessive de la paupière qui accélère l’évaporation des larmes. Une position trop haute de l’écran, fréquente avec un ordinateur portable posé à plat, force à lever le regard et à ouvrir davantage l’œil.

Les reflets d’une fenêtre ou d’un éclairage direct sur l’écran obligent à plisser les yeux ou à changer fréquemment de position, ce qui fatigue davantage que l’écran lui-même. Orienter l’écran perpendiculairement aux fenêtres limite ce problème sans nécessiter d’équipement particulier ni de dépense supplémentaire.

La règle des pauses visuelles

« Toutes les deux heures de travail sur écran, une pause de quelques minutes permet de reposer la vision » — recommandation relayée par l’INRS sur le travail sur écran.

Au-delà de cette pause régulière, détourner le regard vers un point éloigné pendant quelques secondes, plusieurs fois par heure, aide à détendre le muscle ciliaire, sollicité en permanence lors d’une vision de près prolongée. Ce geste simple ne remplace pas la pause complète, mais il la complète utilement entre deux échéances de travail.

L’air ambiant, un facteur qui s’ajoute au clignement

Un air trop sec, fréquent dans les bureaux chauffés en hiver ou climatisés en été, accélère l’évaporation du film lacrymal déjà réduite par le clignement plus rare devant l’écran. Ces deux facteurs se cumulent plutôt qu’ils ne s’additionnent simplement : un air sec associé à un clignement diminué expose davantage à l’inconfort qu’un seul des deux facteurs pris isolément dans une pièce mieux régulée.

Éloigner son poste de travail d’une source de chauffage directe ou d’une bouche de climatisation, quand l’agencement du bureau le permet, limite cette dessiccation supplémentaire de l’air respiré au niveau du visage. Un point d’eau à portée de main, avec des pauses régulières pour boire, contribue également à limiter la sécheresse oculaire ressentie en fin de journée.

Aménager le poste plutôt que forcer les yeux

Un éclairement adapté, ni trop faible ni trop puissant, réduit le contraste excessif entre l’écran et son environnement, contraste qui oblige l’œil à se réadapter sans cesse. L’INRS recommande un éclairage général modéré, complété si besoin d’un éclairage d’appoint dirigé vers le plan de travail plutôt que vers l’écran lui-même.

La taille des caractères affichés joue également un rôle souvent négligé : un texte trop petit pousse à se rapprocher de l’écran ou à plisser les yeux pour distinguer les détails, ce qui accentue à la fois la fatigue visuelle et la réduction du clignement décrite plus haut. Ajuster le zoom d’affichage d’un document ou d’une page web, plutôt que de rapprocher le visage de l’écran, reste le réglage le plus simple à corriger, et il ne coûte rien puisqu’il figure déjà dans les paramètres d’affichage de la plupart des logiciels utilisés au quotidien.

Cette attention portée à l’aménagement du poste rejoint celle que nous accordons au rythme de sommeil, où la lumière du soir joue un rôle tout aussi déterminant ; nous en parlons dans notre rubrique Mouvement & Sommeil.


Avatar de Édouard Mallinjoud-Renard

À lire aussi